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Bilan de notre vie après 2 ans sur les routes

Écrit par Le Van Migrateur 2 juillet 2019
Bilan de notre vie en van
15 min de lecture

Oui, ça fait deux ans que nous sommes sur les routes … Ça fait deux ans que PF a renoncé à son tour du monde en sac à dos pour me suivre, ça fait deux ans que j’ai réalisé ce rêve qui me collait à la peau depuis très longtemps. Et pourtant, on n’aurait jamais imaginé que la vie en van, c’était ça. Bien-sûr, ce bilan nous appartient, et il sera sûrement très différent en fonction de chacun. Dans cet article, nous vous faisons un retour sur nos deux ans de vie nomade, sans tabou. Nous vous expliquons ce qui nous manque, ce qu’on regrette, ce qui est encore dur, mais également ce qui nous pousse à continuer, et pourquoi on ne renoncera pas à cette vie de si tôt.

Bilan de notre vie en van

Au début, quand on a quitté nos vies sédentaires pour partir sur les routes, on avait peur. Peur que ça ne nous plaise pas, peur que ce ne soit pas comme on s’y attendait, peur de faire une grosse bêtise. On avait tout ce qu’il nous fallait : on étais tous les deux, amoureux, avec notre chien Laskar, PF bossait chez Ikea en tant que concepteur cuisine et je bossais à Boulogne dans une grande école de commerce en tant que Community Manager en alternance dans une grande école de communication. On avait de l’argent de côté, on vivait près de chez nos parents, on voyait nos amis presque tous les jours, on sortait à Paris presque tous les weekends : bref, on était heureux. Vraiment ! Je n’irais jamais dire que cette vie nous rendait malheureux. Mais il nous manquait quelque chose. Il nous manquait la flamme, la vraie : celle qui fait brûler tes tripes de passion, qui te rend créatif, qui fait éclore de nouveaux projets alignés avec ton coeur. Disons que nous étions dans une routine bien établie, qui nous permettait d’assouvir nos besoins.

Bref, vous l’aurez compris : nous avons quitté la sécurité pour l’incertitude. Et nous avions peur, peur de faire une grosse bêtise.

Alors nous voilà partis sur la route, avec un aménagement sommaire, pour faire l’Europe de l’Est et du Nord. C’était une expérience merveilleuse, vraiment. On prenait notre temps, on profitait de chaque instant, on ne se préoccupait pas du futur… 3 mois comme ça, c’était juste le rêve qui devenait réalité. Et c’est une panne en Espagne qui nous a obligé à nous sédentariser 6 mois qui nous a fait ouvrir les yeux : cette fois, on veut vivre cette vie mais tous les jours ! On veut devenir nomades à plein temps, et pas seulement quelques mois dans l’année ! Notre entourage nous a énormément encouragé, ce qui nous a aidé à sauter le pas. Mais, en plus, au début, ce qui nous a beaucoup rassuré a été de nous dire “Bon, au pire, si on n’aime pas ça … On est jeunes ! On peut revenir à la vie sédentaire quand on veut ! On est employables, on vaut encore gros sur le marché du travail : alors on fonce ! Si on ne le fait pas maintenant on ne le fera jamais !”. On a réfléchi aux possibilités pour nous de voyager tout en gagnant de l’argent, et voici la solution qui nous semblait la plus adaptée : PF ferait les saisons, et moi je travaillerais en freelance dans le Web. Allez, c’est parti ! On vend toutes les affaires dont nous n’avons pas besoin, on emballe celles qui nous serviront sûrement plus tard dans des cartons qu’on laisse dans le grenier de papa et maman, on embarque l’essentiel, et on commence notre nouvelle vie !

PF trouve une saison dans les Landes, dans un camping de rêve 5* au bord de la plage. Pendant qu’il travaille de Juin à Septembre, je m’emploie à rédiger notre manuel du fourgon aménagé, à ouvrir mon entreprise et à me lancer en tant que freelance. Jusque là, tout se passe super bien.

Après la saison, nous retournons voir quelques jours la famille et les amis, avant d’entamer notre tour de France pour rencontrer d’autres vanlifers, et faire notre reportage sur les fourgons aménagés français (qui ne sortira finalement jamais, pour de multiples raisons). Ça a été une expérience vraiment, vraiment incroyable ! Toutes les rencontres ont été absolument inoubliables.

Mais nous avons commencé à rencontrer nos premières difficultés dues à la vie en van notamment celle de vivre en van en hiver…

Nous avons le chauffage, la douche et l’eau chaude, mais mis à part les moments où nous rencontrions des gens ou étions en randonnées, la vie dans notre Kirikou était bien loin de celle que nous avions connu jusque là. En van, on s’imagine la porte grande ouverte sur un paysage de rêve, les pieds dans l’eau et un ordinateur sur les genoux avec le hashtag #officeoftheday. Mais d’octobre à janvier, c’était plutôt porte fermée, bonnet sur la tête, nuits avec les chaussettes aux pieds et ordinateur par-dessus la grosse couette d’hiver pour bosser ! Alors oui, on peut s’imaginer que c’est cool : on bosse avec le petit thé, la température grâce au chauffage est parfaite, on n’a pas besoin de se lever pour aller au bureau bosser pour les rêves de quelqu’un d’autre, on peut aller se poser où on veut … Ça, c’est la théorie !

Mais la réalité, c’est qu’on reste quand même enfermés dans 5m2 (5m2 les gars, c’est minuscule et c’est super dur pour le moral !), que le panneau ne recharge pas correctement la batterie comme il n’y a pas de soleil et qu’on doit donc utiliser le chauffage avec modération, qu’on doit éteindre le frigo parce que sinon les batteries seraient à plat en 2 jours à peine, et que sortir le chien 4 fois par jour devient un véritable enfer, parce qu’il faut mettre 2 manteaux qui prennent toute la place dans le van.

Bilan de notre vie en van

Oui, parce qu’en plus, nous avons eu la bonne idée de passer l’hiver dans le Nord de la France. Au moins, on a testé le pire dés le début ! Mais finalement, cette période a été une période hyper positive pour nous : nous avons rencontré beaucoup de monde. Chaque personne nous a accueilli les bras ouverts et nous a fait découvrir sa belle région. À ce moment, on profitait encore du chômage pour prendre le temps de se lancer doucement, on profitait donc vraiment à fond de chaque rencontre. Je bossais un peu pour mon auto-entreprise, mais je prenais plus le temps de bosser sur le blog (ce qui en soit ne me rapporte absolument pas d’argent). PF était en “vacances” avant de commencer sa saison, mais a quand même essayé de se lancer en auto-entrepreneur. On essayait, on tatonnait, sans trop se mettre la pression (merci le chômage).

Mais les températures, en janvier, ont vraiment commencé à être basses. C’est pourquoi, après 4 mois comme ça, nous avons mis cap sur le Portugal. À un moment où on se demandait pourquoi on s’infligeait cette souffrance à nous-mêmes, nous avons retrouvé goût à la vie (en van) : les températures et le soleil nous permettaient de vivre la porte ouverte, le panneau rechargeait les batteries plus correctement, on pouvait se balader avec Laskar sans enfiler 5 épaisseurs, on pouvait cuisiner et manger dehors… Bref, on s’est demandé pourquoi on n’y avait pas pensé plus tôt ! Retrouver l’air et les températures douces, dans un pays étranger, nous ont rappelé pourquoi on avait choisi cette vie de nomade.

Bilan de notre vie en van

Nous étions donc en janvier, soit un an et quatre mois avant notre grand départ pour le Canada prévu en Avril 2020 et 10 mois avant l’aménagement de notre nouvelle maison sur roues prévue en Octobre 2019. Nous nous sommes donc dit : bon, il va falloir se sortir les doigts des fesses, et essayer de faire en sorte de gagner au moins un SMIC chacun, pour pouvoir atteindre notre objectif de 25 000 euros de côté pour l’aménagement + le voyage au Canada ! Là, on a commencé à paniquer. Pour y arriver, on devrait mettre entre 1 500 euros et 2000 Euros de côté PAR MOIS jusqu’au grand départ !

C’est après avoir fait ces calculs savants que nous avons profité de notre périple au Portugal pour prendre le temps de développer nos entreprises en trouvant de nouveaux clients pour réussir à atteindre nos objectifs. Sauf que, comme tout ne se passe jamais comme on l’attend dans la vie, il n’a pas suffit qu’on se motive et qu’on bosse à fond chaque jour pour que les clients arrivent. Cette période a été vraiment difficile pour nous, car nous avons du faire face à la réalité de la vie de freelance, mais pire encore : la réalité de la vie de freelance NOMADE. PF se reposait avant sa saison qui démarrait dans deux mois, et était donc plus en mode Road Trip (même s’il rédigeait quelques articles à droite à gauche), et moi je m’étais fixé comme objectif un salaire de 2000 Euros par mois avant Avril (nous étions en janvier hein, utopiste vous dites ?). J’étais donc en mode travail acharné.

Être freelance en van

C’est là que nous nous sommes rendus compte que l’équilibre entre travail et voyage était vraiment très très (très) dur à trouver en road trip.

Je voulais tout faire : du sport pour rester en forme, bien manger pour ne pas avoir mal au ventre, travailler pour dégager un salaire complètement utopiste pour réaliser nos projets futurs, visiter à fond le Portugal, méditer, pratiquer le Yoga, réussir à lire un livre par semaine, m’occuper de notre blog. Bref, là, j’ai complètement pété les plombs (et rien que de repenser à tout ça me donne le tournis). En fait, je crois que j’essayais de me construire une vie parfaite (merci Instagram) et bien réglée alors que nous vivions sur la route. Ça me rassurait, en quelques sortes, de créer une petite routine. Chaque imprévu, chaque galère était donc une énorme source de stress pour moi (et donc pour PF). On a vraiment fait n’importe quoi à ce moment-là. On se sentait nuls et impuissants : on était venus au Portugal pour être au soleil, mais on ne profitait pas du tout du Road Trip parce qu’il fallait travailler pour réussir à partir au Canada et aménager notre nouveau van, mais on dépensait notre argent dans les pleins et les frais de Road Trip… Bref, là on s’est dit “Wow wow wow ! Là, ça ne va pas du tout, il faut faire le point !”.

C’est là qu’on s’est rendu compte qu’on était vraiment ancrés dans le mode de vie nomade. On n’avait plus le choix à ce moment : s’adapter ou arrêter. Abandonner ou continuer en modifiant réellement nos habitudes de vie pour les adapter au mode de vie qu’on avait choisi.

Road Trip au Portugal

On a réfléchi, posé tous les problèmes sur la table, et on en est arrivé à une conclusion : il est IMPOSSIBLE de calquer une vie sédentaire sur la vie nomade. Il faut tout réinventer : il faut se réinventer, réinventer nos habitudes, se réinventer des repères, réinventer une routine flexible, réinventer un rythme de vie, etc. Bref, il faut qu’on s’adapte et qu’on change absolument toutes nos habitudes.

Lucile, on n’est pas en voyage là ! C’est notre vie, pour de vrai. Rien ne nous attend nulle part, maintenant c’est toi, moi, Laskar et cette maison de 5m2 qui peut nous amener partout où on veut. Il faut qu’on arrive à gérer cette nouvelle situation !”

Pas de loyer, pas de charges fixes, une liberté totale : toutes les possibilités s’ouvraient à nous. Ça donne un vertige d’excitation au début, mais trop de liberté, c’est dur à gérer.

Il fallait juste ne pas paniquer, ne pas essayer de tout faire à la fois, prendre le temps et faire confiance au destin. Nous avons donc tout réadapter, on a trouvé un nouveau rythme, une nouvelle organisation qui nous convenait à nous. Après quelques jours d’application, on arrivait à beaucoup plus prendre le temps, sans paniquer à la moindre galère (on les prenait d’ailleurs avec une légèreté qu’on n’aurait jamais cru possible). Après tout, notre vie est constituée uniquement d’imprévus, alors soit on fait avec, soit on retourne dans une vie bien réglée et on arrête les frais ! Et comme c’était hors de question, on a tout fait pour s’adapter.

5 mois après, j’ai réussi à atteindre mes objectifs, et même au-delà de ce que j’espérais. Je m’épanouis complètement dans ce que je fais, et PF a décidé d’arrêter les saisons pour se lancer à fond avec moi dans un gros pari que nous avons créée tous les deux. On arrive à prendre le temps, je ne travaille que l’après-midi (ou le matin) avec une productivité tellement élevée que je peux faire en 20h ce que je faisais en 40. J’arrive à prioriser, à ne plus essayer de calquer ma vie sur celle d’Instagram.

On se rend compte, malgré tout, que nous avons choisi un mode de vie précaire, que je dépend d’une certaine manière de mes clients, que tout peut s’écrouler du jour au lendemain. Aucun contrat de CDI ou d’emploi quelconque ne nous relie à aucune forme de sécurité, même petite. Nous sommes livrés à nous-même, il se peut que le mois prochain nous n’ayons pas de quoi manger. J’ai 27 ans et aucune grande carrière de lancée, PF a 30 ans et est encore saisonnier pour deux mois. Nous n’avons pas de projet de mariage, ni d’enfant, nous ne savons pas ce que nous allons faire après le Canada, en Septembre 2020. On doit s’adapter à un nouveau rythme en moyenne tous les 4 mois, on ne voit plus nos amis et nos familles que 2 ou 3 fois par an. Notre cercle d’amis s’est réduit de moitié, parce que nous ne sommes presque jamais là, et que la plupart de ceux qui ont choisi la vie classique ne nous comprennent plus. Les affaires que nous avions laissé dans des cartons de côté au cas où pour notre futur appartement nous semblent aujourd’hui toutes inutiles. Nous rencontrons des personnes extraordinaires sur la route, que nous quittons aussitôt pour ne plus jamais les revoir. Tout est éphémère dans notre vie, et nous loupons au moins la moitié des évènements importants avec les gens qui comptent le plus au monde pour nous. Les quitter pour un nouveau voyage nous déchire à chaque fois le coeur.

Bilan de notre vie en van

Mais, qu’est-ce qu’on est heureux. On ne changerait de vie pour rien au monde, parce que tout ceux qui restent dans nos vies sont ceux qui comptent pour nous à un point qu’il est difficile d’expliquer. Toutes les relations superficielles et sans intérêt qu’on pouvait entretenir “pour faire bien” ne nous intoxiquent plus. On n’est plus obsédés par la consommation, et un simple coucher de soleil nous rend aussi heureux que deux enfants devant un nouveau jouet. On arrive à prendre le temps pour nous, à prendre soin de nous et à savoir quand on dépasse les limites. Notre niveau de stress baisse, notre niveau de santé augmente chaque jour parce que nous sommes en alignement total avec notre coeur. Les moments difficiles nous apprennent énormément sur nous-même, et les moments heureux sont une récompense vraiment incroyables.

Non, vraiment, on ne changerait de style de vie pour rien au monde.

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9 commentaires

Laurine 9 octobre 2019 at 18 h 21 min

Quel parcours ! Je suis bouche-bée ! Déjà bravo pour votre courage, votre ambition et votre détermination.
Cet article m’a beaucoup plu parce qu’il est criant de naturel et de vérité. C’est exactement le type de retour d’expérience que je prends plaisir à lire.
Et quelle belle conclusion 😉

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Le Van Migrateur 18 octobre 2019 at 22 h 42 min

Merci beaucoup Laurine <3

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Charlotte 11 septembre 2019 at 22 h 12 min

Merci pour tout ! Continuez comme ça c’est génial. J’ai cette idée en tête depuis quelques temps avec ma petite amie mais là vie sédentaires nous clouent un peu dans les problèmes et la grisaille. Lire votre article me redonne plein de motivation et j’espère que nous trouverons aussi notre voie !

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Le Van Migrateur 16 septembre 2019 at 15 h 40 min

Merci pour ce gentil commentaire 💕💕
On espère vraiment que vous allez réussir à vous lancer ! Le plus dur c’est de sauter le pas, on pense que ça va tout rendre compliqué mais finalement ça simplifie la vie à un point …
Bon courage !!

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Christian 11 août 2019 at 1 h 04 min

… A chaud, comme ça, Lucile et Pierre-François…. Vous avez opté pour un mode de vie anti économique. Une vraie vie ou en tout cas une autre… Et même ce magnifique et courageux projet nécessite un certain taux d’absorption ou de dépendances par l’argent. Mais la contre partie reste belle à vous lire. Le beau, le difficile et la complexité ne sont pas incompatibles… Je continue de vous encourager pour vivre beaux !… Quant aux rêves, je les nourrie encore à 56 ans avec ma merveilleuse femme
Côté van, je viens de finaliser quelques achats : “le solaire” et un combi réchaud évier. Et bien, pas simple pour se décider…
A la prochaine !
Christian

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Le Van Migrateur 12 août 2019 at 14 h 47 min

Merci pour tes encouragements, et on vous souhaite une belle réussite dans ce projet à tous les deux ! 🙂

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Philippe 1 août 2019 at 3 h 58 min

Quelquefois les rêves que l’on fait sont toujours trop grands pour la réalité, passer de l’état d’enfant à celui d’adulte c’est soit abandonner totalement ses rêves, soit les garder dans un coin de sa tête pour infléchir cette réalité de façon à garder précieusement cette part d’enfant au fond de nous pas facile mais on peut y arriver sans trop de dégâts mais avec quelques moments de deuils, il faut juste réfléchir sur le trésor que l’on gardera en nous,… Merci pour les mots et maux partagés que La Vie vous bénisse..
phileo40

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Antoine Gaude 23 juillet 2019 at 0 h 15 min

Formidable article. Sa fait du bien Un vision réel et pas trop romancée. Sa fait grandir mes rêves de future. Merci.

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Le Van Migrateur 29 juillet 2019 at 12 h 56 min

Merci de tes encouragements Antoine <3

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