Vie en van

La santé mentale en fourgon aménagé

Au bout de presque 6 ans à bord de mon fourgon aménagé, été comme hiver, j’ai remarqué que c’est un environnement qui agit beaucoup sur la santé mentale, dans le bon ou le mauvais sens. C’est une vie qui diffère radicalement d’une vie en maison. Ça a plein de bons côtés, mais la période d’adaptation est longue, surtout quand je dois gérer en parallèle un boulot digital. Aujourd’hui, j’ai réussi à prendre le rythme, mais cela est largement facilité par ma sédentarité. Quand je suis sur les routes, le pli est plus long à prendre. Ça m’a pris environ 2,5 ans pour réussir à trouver une organisation stable et à installer des repères rassurants. Ça a été éprouvant mentalement, et ça l’est encore parfois. Dans cet article, j’ai envie de vous exposer toutes les difficultés auxquelles je me suis retrouvé confronté durant mes premières années en fourgon aménagé, qui ont un peu pesé sur ma santé mentale. Même si je vous raconte mon expérience personnelle, je sais que je ne suis pas le seul à vivre tout ça : la vie en van EST par définition un mode de vie ultra-compliqué et ultra-extraordinaire à la fois pour tous ceux qui se lancent dans l’aventure folle d’y vivre à l’année.

Un environnement fatiguant

Quand on vit en fourgon aménagé, l’environnement est complètement différent de celui d’une maison ou d’un appartement. En van, on peut toucher les deux murs opposés juste en tendant les bras, et on doit surveiller toutes les ressources (eau, électricité, gaz) pour ne pas tomber en rade. Ajouté à cela, on est beaucoup plus sensibles aux variations climatiques : grands froids, grosses chaleurs, humidité importante, vents importants, pluie torrentielle, etc.

Pourquoi tout cela est plus fatiguant ? Parce que :

Clairement, tout cela fatigue. Surtout quand on n’est pas habitués. Notre adaptation nous a pris du temps, environ 2,5 ans. Je me souviens avoir fait une consultation de naturopathie avec Lisa Salis 2 ans après nos débuts de vie en van à l’année, et je la revois clairement me dire « est-ce que tu as pensé au fait que ton environnement te prend peut-être trop d’énergie, et que ce n’est peut-être pas adapté pour toi ? ».

Non. Je n’y avais jamais pensé. Et c’est cette consultation qui m’a fait mettre des choses en place et comprendre qu’on n’abordait pas cette vie de la bonne manière. Non pas qu’il y ait une meilleure manière qu’une autre pour vivre en fourgon, mais on ne le faisait pas de la bonne manière pour nous.

À partir de ce moment-là, mis à part les actions concrètes qu’on a mises en place pour améliorer notre environnement (installation d’un filtre pour l’eau, mise en place de pratiques pour stopper la diffusion d’ondes dans le fourgon, etc.), nous avons aussi décidé d‘arrêter d’essayer de mener la même vie que dans un appartement en fourgon aménagé. Nous avions lâché les principes de la journée classique, petit-déjeuner, boulot, déjeuner, boulot, goûter, boulot, et fin à 17h.

C’est là que tout a commencé à aller beaucoup mieux.

L’isolement

Luce en fourgon aménagé

En étant entrepreneure dans le digital (créateur de contenu, youtubeur, etc.), je signe de base pour une vie plutôt isolée de manière générale. Pas de collègues et une entreprise qui ne vit que sur Internet me vouent à être souvent face à moi-même. Si j’ajoute à cela une vie nomade, en couple ou seul, j’ajoute une touche d’isolement supplémentaire. La solitude sur les routes a énormément de bons côtés. Elle m’apprend à mieux me connaître, à me dépasser et à prendre confiance en moi. Mais elle a aussi son lot de difficultés. Les questions existentielles qu’elle me balance à la figure parfois sans prévenir peuvent être lourdes à porter. Sur la route, je n’ai pas autant d’échappatoires que dans une vie sédentaire pour éviter de penser. À part tout ce que je peux trouver en ligne (Netflix, Instagram, etc.), je n’aurai pas forcément l’apéro du jeudi soir, l’équitation du mercredi matin, le cours de guitare du mardi soir, la longue douche chaude purifiante, etc. qui m’empêcheront de penser. Quand je suis sur la route et que je fais face à un petit moment de bad, j’aurai moins facilement accès à des choses qui me permettent de m’échapper de cet état. Même si les balades en nature peuvent largement aider, elles ne m’empêchent pas toujours de faire face avec positivité au noir que je peux parfois broyer sur les routes.

Ce sentiment de solitude peut parfois être accentué par le fait que je ne suis pas forcément la bienvenue partout. Le fait de me faire chasser, ou de sentir que je ne suis pas la bienvenue sur un spot peuvent être des choses qui agissent un peu en sous-marin, en me faisant passer le message de manière inconsciente que je suis chez moi nulle part, finalement.

Comme il y a toujours un revers (ou un endroit) de la médaille ultra-positif à toutes les difficultés que je peux vivre en van, l’avantage de celle-ci est que je ne suis pas seule, chacun dans mon fourgon, à « subir » les difficultés de la solitude. Nous sommes tous ensemble, pas au même endroit et pas forcément au même moment, à vivre cette difficulté quand on vit en fourgon. C’est ce qui fait que je retrouve un véritable sentiment d’être au sein de ma tribu, de mon clan, même de ma famille quand je me retrouve entre vanlifers.

Quitter le tendre édredon du déni

Roadtrip en van Dolomites

Quand je vis en maison et que l’eau coule à flots, c’est plus facile de me dire que tout va bien. Quand je vis en van, et que je suis plus ou moins toujours en train de me préoccuper de mes ressources vitales, je me rends plus facilement compte de leur importance. De manière générale, je pense que beaucoup de personnes qui choisissent cette vie ont de toutes manières une sensibilité très forte aux problèmes environnementaux. Je ne dis pas que ce n’est pas le cas des personnes qui vivent en maison, mais la généralité va plutôt au décalage des visions, ou plutôt des pratiques.

Personnellement, je n’arrive plus à laisser allumer une lumière dans une pièce dans laquelle je ne suis pas dans une maison, et ça me fait très bizarre de jeter des épluchures de fruits et légumes dans une poubelle. La seule chose à laquelle je m’acclimate très bien quand je retourne dans une maison, c’est la douche chaude de 15 minutes, sans aucune culpabilité. Avant de vivre en van, j’étais plutôt insensible à tous ces petits détails.

C’est pour ça que j’ai appelé ce chapitre « quitter le tendre édredon du déni ». Quand je vis en van, je deviens lucide sur l’importance des ressources vitales, et je ne peux pas décider de me dire « je n’éteins pas l’eau quand je me savonne », « je fais la vaisselle à grande eau, on s’en fiche », « la flemme de remonter éteindre la lumière », car sinon : je le paye rapidement par une panne d’eau ou d’électricité. De mon côté, je suis plutôt rentré dans une lucidité qui se rapproche de l’écoanxiété en me disant « mais si je n’ai plus accès à l’eau même une demi-journée, c’est super difficile à vivre en fait ».

Aujourd’hui, ça va mieux, mais au moment où on parlait partout d’effondrement, mon écoanxiété était décuplée. J’avais l’impression d’être plus lucide que tous mes proches, qui ne se rendaient pas compte qu’il fallait commencer à mettre en place des pratiques drastiques pour sauver le monde. Moi et mon filet d’eau pour la vaisselle dans le van, on était scandalisés que tout le monde ne fasse pas pareil. Bon, maintenant, cette phase est passée.

Prendre soin de nous

Miroir fourgon aménagé

C’est plus difficile de prendre soin de moi en fourgon qu’en maison. La place pour les produits est limitée et j’en ai perdu plusieurs fois une partie, qui se sont suicidés suite à un passage un peu corsé de dos d’âne.

Aujourd’hui, j’ai trouvé le rythme, mais avant : j’avais la flemme ! La flemme de bien m’habiller et de m’apprêter alors qu’à tout moment je devais aller faire une opération de maintenance quelconque à l’extérieur alors qu’il pleuvait à torrent ou qu’il faisait super chaud. Il y a eu une période où je ne faisais même pas l’effort de mettre des chaussures, je passais ma vie en crocs. Les jeans avaient disparu de la circulation au profit des leggings, et je n’avais même pas de miroir. Je me souviens du choc que ça a été, après plusieurs semaines sur la route en Norvège, de rentrer dans mon appart et de me voir. C’est là que je me suis dit « wow ! Ça fait bizarre de voir ma tête ! ». J’ai été tellement surpris de ne même pas me rendre compte de ce détail, que c’est la première chose que j’ai installée dans Caliméro.

Je me suis rendu compte que de ne pas prendre soin de moi aussi bien que j’aurais aimé le faire avait un peu abîmé mon estime de moi-même. Bon, rassurez-vous, je me douchais et je me brossais les dents ! Mais j’avais toujours les cheveux attachés, je ne me maquillais jamais, je ne portais jamais de jolis vêtements, etc. Ça peut paraître très bête comme ça, mais je ne m’étais même pas rendu compte de l’importance de ce point. C’est pourquoi dans Caliméro, j’ai tout fait pour avoir une salle de bain ultra-fonctionnelle, me permettant de prendre soin de moi facilement. La base, quand on vit en van et qu’on veut pouvoir instaurer une habitude, c’est de rendre le matériel accessible. Sinon, c’est quasiment automatique : la flemme de le faire s’installe !

Les prises de conscience

Laskar et Luce

Plus le temps avance, plus je me rends compte que toutes ces difficultés dont je vous parle dans le podcast, dans mes articles et sur Instagram m’ont mené vers un ancrage solide, me tenant à l’écart de la frénésie du monde « normal ». Je ne m’en rends pas forcément compte quand j’ai le nez dedans tout le temps et que je suis face à des difficultés régulièrement, mais la vie en van m’a forcé à prendre le temps, à ralentir. Parfois, je lutte contre ça, car je voudrais pouvoir aller plus vite, pour faire plus de choses. Mais c’est impossible quand on vit comme ça. Et aujourd’hui, en regardant en arrière, je me rends compte que tous les défis face auxquels la vie en van m’a mis m’ont permis d’apprendre à vivre d’une manière beaucoup plus alignée sur mes valeurs.

Aujourd’hui, je m’accroche à cette vie car elle m’a énormément apporté, et continue de m’apprendre plein de choses tous les jours. Grâce à elle :

La nature est devenue un élément central de ma vie. C’est ancré en moi, il m’est impossible de passer plus de 12h sans être en contact avec la nature. J’en ressens le besoin viscéral,

Cette vie est venue calmer un peu mon écoanxiété : je me rends compte que je suis tout à fait capable d’assumer une fin du monde et de vivre à la dure si besoin, c’est bon, je suis rodé (jamais dans l’excès),

Je me prends moins la tête sur des choses futiles,

Je suis beaucoup plus souvent dans la remise en question que dans la lutte qu’avant.

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