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La santé mentale en fourgon aménagé

by Le Van Migrateur
VIE EN VAN
12 min de lecture

Au bout de presque 6 ans à bord de notre fourgon aménagé, été comme hiver, on a remarqué que c’est un environnement qui agit beaucoup sur la santé mentale. Dans le bon ou le mauvais sens. C’est une vie qui diffère radicalement d’une vie en maison. Ça a plein de bons côtés, mais la période d’adaptation est longue, surtout quand on doit gérer en parallèle un boulot digital. Aujourd’hui, on a réussi à prendre le rythme, mais cela est largement facilité par notre sédentarité. Quand on est sur les routes, le pli est plus long à prendre. Ça nous a pris environ 2,5 ans pour réussir à trouver une organisation stable, et d’installer des repères rassurants. Ça a été éprouvant mentalement, et ça l’est encore parfois. Dans cet article, j’ai envie de vous exposer toutes les difficultés face auxquelles ont s’est retrouvés nos premières années en fourgon aménagé, qui ont un peu pesé sur notre santé mentale. Même si je vous raconte notre propre expérience, je sais qu’on est loin d’être les seuls à vivre tout ça : la vie en van EST par définition un mode de vie ultra-compliqué et ultra-extraordinaire à la fois pour tous ceux qui se lancent dans l’aventure folle d’y vivre à l’année.

Un environnement fatiguant


Vie en van aménagé

Quand on vit en fourgon aménagé, l’environnement est complètement différent de celui d’une maison ou d’un appartement. En van, on peut toucher les deux murs opposés juste en tendant les bras, et on doit surveiller toutes les ressources (eau, électricité, gaz) pour ne pas tomber en rade. Ajouté à cela, on est beaucoup plus sensibles aux variations climatiques : grands froids, grosses chaleurs, humidité importante, vents importants, pluie torrentielle, etc.

Pourquoi tout cela est plus fatiguant ? Parce que :

  • Devoir se contorsionner pour le moindre mouvement, se cogner 5 fois par jour et cuisiner/faire la vaisselle dans une mini-cuisine peut devenir dur moralement, quand c’est tous les jours
  • Tomber en panne d’eau, de gaz ou d’électricité à un moment inopportun peut être frustrant. Un peu comme quand on a une coupure d’eau ou d’électricité dans une maison sans avoir été prévenus, sauf que ça arrive beaucoup plus souvent en van 🤣
  • On dort mal dans le van quand il a fait chaud la journée et que la chaleur a du mal à s’évacuer pour la nuit
  • On ne dort que sur une oreille quand il pleut à torrent, toujours inconsciemment aux aguets d’une éventuelle fuite de lanterneau
  • Travailler à deux dans le même espace que celui dans lequel on dort, on mange et prend notre douche nous donne une sensation étrange de n’avoir rien fait de la journée

Clairement, tout cela fatigue. Surtout quand on n’est pas habitués. Notre adaptation nous a pris du temps, environ 2,5 ans. Je me souviens avoir fait une consultation de naturopathie avec Lisa Salis 2 ans après nos débuts de vie en van à l’année, et je la revois clairement me dire « est-ce que tu as pensé au fait que ton environnement te prend peut-être trop d’énergie, et que ce n’est peut-être pas adapté pour toi ? ».

Non. Je n’y avais jamais pensé. Et c’est cette consultation qui m’a fait mettre des choses en place et comprendre qu’on n’abordait pas cette vie de la bonne manière. Non pas qu’il y ait une meilleure manière qu’une autre pour vivre en fourgon, mais on ne le faisait pas de la bonne manière pour nous.

À partir de ce moment-là, mis à part les actions concrètes qu’on a mises en place pour améliorer notre environnement (installation d’un filtre pour l’eau, mise en place de pratiques pour stopper la diffusion d’ondes dans le fourgon, etc.), nous avons aussi décidé d‘arrêter d’essayer de mener la même vie que dans un appartement en fourgon aménagé. Nous avons lâché les principes de la journée classique, petit-déjeuner, boulot, déjeuner, boulot, goûter, boulot, et fin à 17h. Nous avons entièrement revu notre organisation, et avons décidé de tout désapprendre pour mieux s’adapter à cette vie si spéciale.

C’est là que tout a commencé à aller beaucoup mieux.

L’isolement


Isolement fourgon aménagé

Quand on est entrepreneur digital (créateur de contenu, youtubeur, etc.), on signe de base pour une vie plutôt isolée de manière générale. Pas de collègues et une entreprise qui ne vit que sur Internet nous vouent à être souvent face à nous-mêmes. Si on ajoute à ça une vie nomade, en couple ou seul, on ajoute une touche d’isolement supplémentaire. La solitude sur les routes a énormément de bons côtés. Elle nous apprend à mieux nous connaître, à nous dépasser et à prendre confiance en nous. Mais elle a aussi son lot de difficultés. Les questions existentielles qu’elle nous balance à la figure parfois sans prévenir peuvent être lourdes à porter. Sur la route, nous n’avons pas autant d’échappatoires que dans une vie sédentaire pour éviter de penser. À part tout ce qu’on peut trouver en ligne (Netflix, Instagram, etc.), on n’aura pas forcément l’apéro du jeudi soir, l’équitation du mercredi matin, le cours de guitare du mardi soir, la session de foot du lundi soir, la longue douche chaude purifiante, etc. qui nous empêcheront de penser. Quand on est sur la route et qu’on fait face à un petit moment de bad, on aura moins facilement accès à des choses qui nous permettent de nous échapper de cet état. Même si les balades en nature peuvent largement aider, elles ne nous empêchent pas toujours de faire face avec positivité au noir qu’on peut parfois broyer sur les routes.

Ce sentiment de solitude peut parfois être accentué par le fait que nous ne sommes pas forcément les bienvenus partout. Le fait de se faire chasser, ou de sentir qu’on n’est pas les bienvenus sur un spot peuvent être des choses qui agissent un peu en sous-marin, en nous faisant passer le message de manière inconsciente qu’on est chez nous nulle part, finalement.

Comme il y a toujours un revers (ou un endroit) de la médaille ultra-positif à toutes les difficultés qu’on peut vivre en van, l’avantage de celle-ci est qu’on n’est pas seuls, chacun dans nos fourgons, à « subir » les difficultés de la solitude. On est tous ensemble, pas au même endroit et pas forcément au même moment, à vivre cette difficulté quand on vit en fourgon. C’est ce qui fait qu’on retrouve un véritable sentiment d’être au sein de notre tribu, de notre clan, même de notre famille quand on se retrouve entre vanlifers.

Quitter le tendre édredon du déni


Quand on vit en maison et que l’eau coule à flots, c’est plus facile de se dire que tout va bien. Quand on vit en van, et qu’on est plus ou moins toujours en train de se préoccuper de nos ressources vitales, on se rend plus facilement compte de leur importance. De manière générale, je pense que beaucoup de personnes qui choisissent cette vie ont de toutes manières une sensibilité très forte aux problèmes environnementaux. Je ne dis pas que ce n’est pas le cas des personnes qui vivent en maison, mais la généralité va plutôt au décalage des visions, ou plutôt des pratiques.

Personnellement, je n’arrive plus à laisser allumer une lumière dans une pièce dans laquelle je ne suis pas dans une maison, et ça me fait très bizarre de jeter des épluchures de fruits et légumes dans une poubelle. La seule chose à laquelle je m’acclimate très bien quand je retourne dans une maison, c’est la douche chaude de 15 minutes, sans aucune culpabilité 🤣. Avant de vivre en van, j’étais plutôt insensible à tous ces petits détails.

C’est pour ça que j’ai appelé ce chapitre « quitter le tendre édredon du déni ». Quand on vit en van, on devient lucides sur l’importance des ressources vitales, et on ne peut pas décider de se dire « je n’éteins pas l’eau quand je me savonne », « je fais la vaisselle à grande eau, on s’en fiche », « la flemme de remonter éteindre la lumière », car sinon : on le paye rapidement par une panne d’eau ou d’électricité 🤣. De notre côté, on est plutôt rentrés dans une lucidité qui se rapproche de l’écoanxiété en se disant « mais si on n’a plus accès à l’eau même une demi-journée, c’est super difficile à vivre en fait ».

Aujourd’hui, ça va mieux, mais au moment où on parlait partout d’effondrement, mon écoanxiété était décuplée. J’avais l’impression d’être plus lucide que tous mes proches, qui ne se rendaient pas compte qu’il fallait commencer à mettre en place des pratiques drastiques pour sauver le monde. Moi et mon filet d’eau pour la vaisselle dans le van, on était scandalisés que tout le monde ne fasse pas pareil. Bon, maintenant, cette phase est passée.

Prendre soin de nous


Vie en fourgon aménagé

C’est plus difficile de prendre soin de nous en fourgon qu’en maison. La place pour les produits est limité et on en a perdu plusieurs fois une partie, qui se sont suicidés suite à un passage un peu corsé de dos d’âne 🤣.

Aujourd’hui, on a trouvé le rythme, mais avant : on avait la flemme ! La flemme de bien s’habiller et de s’apprêter alors qu’on devrait à tout moment aller faire une opération de maintenance quelconque à l’extérieur alors qu’il pleut à torrent ou qu’il fait super chaud. Il y a une période où on ne faisait même pas l’effort de mettre des chaussures, on passait notre vie en crocs. Les jeans avaient disparu de la circulation au profit des leggings, et on n’avait même pas de miroir 🤣. Je me souviens du choc que ça a été, après plusieurs semaines sur la route en Norvège, de rentrer dans notre appart et de se voir. C’est là qu’on s’est dit « wow ! Ça fait bizarre de voir nos têtes ! ». On a été tellement surpris de ne même pas se rendre compte de ce détail, que c’est la première chose qu’on a installée dans Caliméro 🤣.

On s’est rendus compte que de ne pas prendre soin de nous aussi bien qu’on aurait aimé le faire avait un peu abîmé notre estime de nous-même. Bon, rassurez-vous, on se douchait et on se brossait les dents ! Mais j’avais toujours les cheveux attachés, je ne me maquillais jamais, je ne portais jamais de jolis vêtements, etc. Ça peut paraître très bête comme ça, mais on ne s’était même pas rendus compte de l’importance de ce point. C’est pourquoi dans Caliméro, nous avons tout fait pour avoir une salle de bain ultra-fonctionnelle, nous permettant de prendre soin de nous facilement. La base, quand on vit en van et qu’on veut pouvoir instaurer une habitude, c’est de rendre le matériel accessible. Sinon, c’est quasiment automatique : la flemme de le faire s’installe !

Les prises de conscience


Camping sauvage en fourgon aménagé01

Plus le temps avance, plus je me rends compte que toutes ces difficultés dont je vous parle dans le podcast, dans mes articles et sur Instagram nous ont menées vers un ancrage solide, nous tenant à l’écart de la frénésie du monde « normal ». On ne s’en rend pas forcément compte quand on a le nez dedans tout le temps et qu’on est face à des difficultés régulièrement, mais la vie en van nous a forcés à prendre le temps, à ralentir. Parfois, on lutte contre ça, car on voudrait pouvoir aller plus vite, pour faire plus de choses. Mais c’est impossible quand on vit comme ça. Et aujourd’hui, en regardant en arrière, on se rend compte que tous les défis face auxquels la vie en van nous a mis nous ont permis d’apprendre à vivre d’une manière beaucoup plus alignée sur nos valeurs.

Aujourd’hui, on s’accroche à cette vie car elle nous a énormément apporté, et continue de nous apprendre plein de choses tous les jours. Grâce à elle :

  • La nature est devenue un élément central de notre vie. C’est ancré en nous, il nous est impossible de passer plus de 12h sans être en contact avec la nature. On en ressent le besoin viscéral,
  • Cette vie est venue calmer un peu mon écoanxiété : je me rends compte qu’on est tout à fait capables d’assumer une fin du monde et de vivre à la dure si besoin, c’est bon, on est rodés 🤣 (jamais dans l’excès),
  • On se prend moins la tête sur des choses futiles
  • On est beaucoup plus souvent dans la remise en question que dans la lutte qu’avant

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